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 Historique Langue des Signes LSF

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MessageSujet: Historique Langue des Signes LSF   Lun 9 Jan - 23:10

Chaque culture a son Histoire. Le monde des Entendant, c'est la naissance de l'Ecriture, et, le monde des Sourds, c'est la naissance de la Langue des Signes. Pour chacun d'eux c'est un évènement sacré. C'est notre Histoire... elle rappelle que les sourds se sont battus et se battent encore pour faire respecter cette langue, leur culture, ses mythes et ses valeurs, et, continuent leur combat à ce jour.

Les entendant ont fait pendant longtemps du langage un synonyme de communication, car pour eux sans parler, on ne peut pas penser. Les sourds ne pouvaient pas être considérés comme intelligents. Très peu de jeunes sourds ont eu la chance d'avoir un professeur pour leur enseigner la parole.

En 1620, Juan de Pablo Bonet publie « Réduction des lettres à leurs éléments primitifs et art d'enseigner à parler aux muets » puisque Luis de Velasco, Marquis du Frêne (1610-1664), fils sourd du connétable de Castille, Jean Fernandez de Velasco (1550-1613) est pris en charge pour son éducation. Grâce à celui-ci, il devient le pionnier de l'éducation oraliste des sourds, et l'auteur du premier manuel d'orthophonie, de logopédie et de phonétique en Europe.

Philippe III d'Espagne étant au sommet de sa puissance et de sa richesse, le connétable de Castille est le 2ème homme du royaume et l'éducation des fils constitue une obligation sociale.

Mais Juan de Pablo Bonet n'est pas le premier à avoir pris en charge l'éducation des fils sourds des bonnes familles espagnoles. Après avoir reçu le primat de l'éducation pour les sourds, c'est Pedro Ponce de Léon (1520-1584) qui a ouvert, dans son monastère, les premières classes spécialisées. Certes, il n'est pas reconnu pour avoir inventé la langue des signes mais il a promu l'usage de l'alphabet dactylologique pour épeler les mots, ce qui existait déjà, sûrement, dans les ordres monastères où les moines et moniales font vœu de silence.

La création de l'alphabet se développe dans la France du 18ème siècle. Dès 1734, Péreire fonde un institut spécialisé à Lisbonne et se documente sur les méthodes d'éducation des sourds-muets. Il privilégie l'oralisation, l'apprentissage avancé de la lecture et utilise une dactylologie adaptée à la langue française. Il apporte son savoir à Bordeaux après avoir quitter l'Espagne. Son premier élève est Aaron Beaumarin. Début 1745, il est présenté à l'Académie de La Rochelle afin de prouver l'efficacité de la méthode pédagogique qu'il a mit en place. Un nouvel élève, fils de la famille d'Azy d'Etavigny, fait l'objet d'un « Mémoire » qu'il présente à Paris, à l'Académie des Sciences, lors de la séance du 11 juin 1749.

Au 18ème siècle, l'auteur Pierre Desloges, devenu sourd à 7 ans, précise qu'une langue des signes structurée était couramment utilisée en France. Les sourds étant écartés, ils n'y ont donc pas accès et se retrouvent sans langue et sans éducation.

Au début du 18ème siècle, dans la ville d'Amiens, Etienne de Fay, sourd de naissance, réussi à être à la fois professeur, architecte et dessinateur, mais fait également l'école en geste à des enfants sourds dans l'Abbaye Saint-Jean.

L'Abbé de l'Epée est dans doute la figure historique la plus connue de la population sourde. Cet entendant a créé l'enseignement spécialisé dispensé aux jeunes sourds, ainsi que l'accès à des méthodes gestuels pour une bonne éducation.

Charles Michel de l'Epée, né en 1712 à Versailles, où son père était architecte du roi, mène un début de carrière un peu difficile. Tout d'abord diplômé de théologie, on le retire à cause de ses sympathies envers les Jansénistes. Il se lancera, alors, dans le droit, puis revint à des fonctions ecclésiastiques (archiviste, bibliothécaire,...).

En 1760, un évènement va marquer sa vie. Celui-ci est raconté de plusieurs façons entre sourds. Le mythe fait preuve d'une grande dramaturgie : Il présente l'Abbé de l'Epée, un soir de pluie battante, cherchant un abri où se protéger, il aperçoit derrière une porte entrouverte, deux jumelles, sourdes, en train de parler entre elles grâce à des signes. Intrigué, il pénètre dans la maison et propose à leur mère de prendre en charge l'éducation de leurs filles. Mais il est probable que ce soit à sa mort que le Père Vavin et en l'absence de résultat par les méthodes traditionnelles, qu'elles aient été confiées à l'Abbé de l'Epée.

Pourtant la force de l'Abbé de l'Epée n'a pas été souvent sur la langue des signes. Il enseignait avec des gestes et une méthode qu'il avait inventé lui-même, les « signes méthodiques », sans connaître la langue de ses élèves. On peut lui être reconnaissant d'avoir reconnu l'importance du gestuel pour l'éducation des sourds, mais aussi d'avoir offert une place pour les sourds et les signes, grâce à ses démonstrations envers le public, jusque devant le roi.

Enfin, ce qu'il a le mieux accompli, presque involontairement, c'est d'avoir réuni de jeunes sourds qui étaient autrefois isolés, qui ont ainsi pu développer et perfectionner cette magnifique langue.

Ferdinand Berthier, personnage mythique, représente un modèle de réussite et d'intelligence pour les sourds qui depuis dix ans est mis en avant et valorisé.

Né d'un père chirurgien, en 1803, il rejoint l'Institut National des Jeunes Sourds en 1811 où il poursuit une belle scolarité. Parmi ses professeurs, on trouve Auguste Bébian, entendant, premier à utiliser la langue des signes (et non les signes méthodiques) pour enseigner. Il devient alors l'un des premiers professeurs sourds dans ce même institut en 1829, puis doyen des professeurs. Il représentera longtemps la figure de l'intellectuel sourd et du militant pour cette langue. Il a été considéré comme l'un des intellectuels de l'époque. Il est à la tête de nombreux livres et articles, il entretiendra une correspondance avec les ministères et le roi, ainsi qu'avec les intellectuels de son époque. Aussi, il s'est battu toute sa vie pour la cause sourde, la reconnaissance de la langue des signes et les droits des sourds.

Avec l'arrivée de la troisième génération de sourds à l'institut, on voit apparaître le mythe de l'âge d'or de la culture sourde. D'abord par la présence de grandes figures de l'Histoire sourde, mais aussi par la naissance du combat pour la reconnaissance de la culture sourde fortement initié par ces derniers. En 1834, Berthier lance des banquets en mémoire de l'Abbé de l'Epée avec des démonstrations au public, il créé ainsi le mythe du « bon abbé » entendant qui comprenait les sourds et voulait leur enseigner avec les gestes.

Mais en même temps, les méthodes d'éducation des jeunes sourds changent. Après le décès de l'abbé Sicard, successeur de l'abbé de l'Epée, l'institut se retrouve sans héritier légitime de cette politique d'enseignement. Les nouveaux dirigeants, venant de l'extérieur, développent un système basé sur la rééducation de la parole nommé « oralisme », dont les signes sont totalement absents. Les sourds, dont Berthier, se battent pour un bilinguisme de la langue signes/français écrit.

Il faut quand même contredire une idée reçu : la langue des signes n'est pas la même dans le monde. Comme les langues parlées, chaque pays à sa propre langue, fruit de son histoire et de sa culture. On y retrouve certaines similarités entre différentes langues des signes, dues, soit à des spécificités intrinsèques encore peu étudiées et mal connues, soit à l'histoire de leur construction et publication.

Les différentes langues des signes à travers le monde ont adopté les mêmes syntaxes et règles grammaticales. Des études récentes ont montré la présence d'une grammaire spontanée et non influencée par d'autres langues des signes plus anciennes.

L'Histoire a bien évidement eu des répercussions sur le développement des langues des signes à travers le monde. La France, avec le développement avancé des instituts pour sourds et la nouvelle politique de l'enseignement par les signes aura une influence dans un bon nombre de pays. Les personnes venues se former à Paris, ou les élèves partis à l'étranger emmèneront avec eux les signes français.

Parlons de deux langues des signes différentes : la langue des signes américaine et la langue des signes française. Il existe environ 40% de signes similaires. Elle s'explique par la rencontre d'une personne Sourde, Laurent Clerc et d'un entendant américain, Thomas Hopkins Gallaudet. En 1815, Thomas focalise son attention sur la question de la surdité grâce à la rencontre d'Alice, la fille sourde d'un ami. Il décide alors de partir en Europe pour se renseigner sur les méthodes d'enseignement proposées aux jeunes sourds. Il fait la rencontre de Laurent Clerc, ancien élève de l'institut Saint-Jacques, qui y travaille comme répétiteur. Au départ, il communique par l'écriture, sur une nappe de table. Quelques jours plus tard, Thomas lui propose de le suivre aux Etats-Unis, où l'enseignement spécifique n'a pas encore vu le jour. Laurent est d'accord. Durant le voyage, Laurent et Thomas se lient d'amitié et s'enseignent mutuellement la langue des signes française et anglaise.

Un congrès international se réunit en 1880, à Milan, pour décider quelle méthode, langue des signes ou l'oralisme, est la plus adaptée à l'éducation des sourds. A l'issue de ce congrès, la langue des signes est tout à coup interdite dans l'ensemble des pays qui la pratiquent, sauf aux Etats-Unis et en Angleterre.

La langue des signes, en France, n'est à nouveau autorisée qu'en 1991.

Durant un siècle, et ce jusque dans les années 1980, la langue des signes est interdite, méprisée, et placée à l'écart aux seules associations de sourds. Seul dans les établissements les moins strictes, elle est autorisée aux cours de récréation. Ce qui explique les difficultés de communication entre les sourds les plus âgés pour tenir une conversation en langue des signes devant les entendant sans avoir un peu honte.

Cependant se produit dans ces années ce qu'appellent les sourds le « réveil sourd ». Tout démarre avec la rencontre de Jean Gremion, écrivain, journaliste et metteur en scène français et d'Alfredo Corrado, un artiste sourd américain. Alfredo arrive après un siècle d'interdiction de la langue des signes, les sourds ont honte de leur langue, et se cachent pour se rassembler.

Jean Gremion et Alfredo Corrado mettent place, en 1976, l' « International Visual Théâtre (IVT) », installé dans la tour du Château de Vincennes. Ils travaillent à la requalification de la langue des signes. Leur principale activité sera le théâtre, mais l'IVT développera aussi une politique de recherche linguistique et de pédagogie autour de la langue. Les cours de langue des signes auront déjà un grand succès. Les entendant pourront désormais découvrir ce nouveau monde.

De grandes personnalités sortiront de cette association : Emmanuelle Laborit, devenue directrice de l'IVT, qui s'est fait connaître en recevant, en 1993, le Molière de la révélation théâtrale pour son rôle dans « les enfants du silence ». Depuis, elle est devenue l'ambassadrice des sourds. Elle succède les rôles au théâtre comme au grand écran, avec une filmographie impressionnante. Elle se montre très souvent sur scène publique, comme lors de son engagement contre Jean-Marie Le Pen, entre les deux tours de l'élection Présidentielle en 2002.

Après l'IVT, énormément d'associations de sourds voient le jour et proposent aux entendant des cours de langue des signes. Les formations, les films, le théâtre et les sensibilisations pour la culture sourde donnent une meilleure reconnaissance des droits de sourds.

En 1991, la loi Fabius autorise l'éducation en langue des signes et en 2005, elle est enfin reconnue comme une langue à part entière.

En 2000, sort « Témoins sourds, témoins silencieux » de Brigitte Lemaine et Stéphane Gatti, un documentaire sur les sourds et les handicapés qui ont été les premiers pointés par la politique d'eugénisme du nazisme dès 1933. L'interdiction de la langue des signes révèle la volonté de destruction de ce régime.


< Source : http://www.eflsignes.com/index.php?option=com_content&view=article&id=11&Itemid=159
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